Revue volatile

Dans ce coin-ci, nous partageons nos coups de cœur, tribulations de créateur·rice·s et actualités aériennes.

Les recommandations des oiseaux, partie 1

par | 23 Oct 2020 | Chroniques

Les recommandations des oiseaux, partie 1

par | 23 Oct 2020 | Chroniques

Article compilé et introduit par Platy

 

On ne sait jamais vraiment où l’on met les pieds lorsqu’on ouvre un nouveau livre, qu’il s’agisse d’un auteur très connu ou d’une primo-romancière. Comment se décider à rentrer dans une nouvelle histoire ? On pourrait se laisser tenter par le calme d’une papeterie au Japon ou bien par la chaleur du désert marocain. À moins que l’on ne soit plutôt du genre à partir à l’aventure avec des phares-hiboux, ou à plonger dans des histoires bien moins gaies…

On espère que ces cinq recommandations des derniers livres qui nous ont touché.e.s et inspiré.e.s vous donneront quelques envies !

 

LE CHOIX DE SÉRAPHIN 

 

L’Idiot, de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Tout est fou dans ce roman : l’écriture, le rythme, les personnages… « Mais comment donc un homme peut-il écrire cela ? » s’interroge, comme nous, le traducteur, André Markowicz. Toujours au bord de la crise épileptique, le romancier russe décrit de manière virtuose et vertigineuse l’impossible retour du Christ au sein de la société humaine. En voulant faire du Prince Mychkine son personnage le plus beau, Dostoïevski nous livre sans doute son roman le plus noir et nous laisse, inéluctablement, sans voix…

L’Idiot, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, éd. Actes Sud (coll. « Babel »), 1993, 2 vol., 530 et 490 pages, 10,70€.

 

 

LE CHOIX DE SAPIN

 

Comment Baptiste est mort, d’Alain Blottière 

Alain Blottière écrit Comment Baptiste est mort avec une plume comme j’en ai rarement croisée. Audacieuse, novatrice, polémique, aussi. Deux points importants : l’histoire et le style. On découvre petit à petit les épreuves qu’a traversées Baptiste dans le désert de Mandi où lui et sa famille ont été pris en otage par des islamistes radicaux, et on apprend notamment que celui-ci a été sollicité par le chef des fanatiques pour devenir un guerrier. On lui impose un  nouveau prénom : Yumaï, le renard du désert. C’est celui qu’il utilisera lors de ses discussions avec un psychiatre — ou un agent spécial — après s’être échappé. Ces passages présents entièrement dialogués sont d’une justesse exceptionnelle, jusque dans les espaces et sauts de ligne pour signifier les moments de silence. Une ambiance oppressante dont on a du mal à sortir, même après avoir tourné la dernière page.

Comment Baptiste est mort, Alain Blottière, éd. Gallimard, 2016, 208 pages, 18,50€.

 

 

LE CHOIX DE NOÉMIE

La papeterie Tsubaki, de Ito Otawa

Un roman tendre, dont on a du mal à se séparer.

Je me suis laissée transporter dans l’atmosphère paisible de la papeterie Tsubaki, lieu récemment hérité de sa grand-mère par Hatoko, jeune fille de 25 ans et personnage principal. Cette dernière marche dans les pas de sa grand-mère, qui lui a légué le magasin, mais surtout les clés de l’écriture, et plus particulièrement les clés de l’écriture pour les autres : la calligraphie et le métier d’écrivain public. Elle acceptera ce rôle avec beaucoup de cœur, résolvant nombre conflits difficiles grâce à son talent pour les lettres. La réconciliation est le maître mot de ce roman, mais c’est aussi, d’une très belle manière, une déclaration d’amour au format papier et à l’écriture.

La papeterie Tsubaki, Ito Ogawa, éd. Philippe Picquier, 2018, 384 pages, 20€.

 

 

LE CHOIX D’ANATOLE 

Philémon, de Fred

Bande-dessinée francophone de l’époque d’Astérix, Philémon nous transporte dans les aventures de son protagoniste, oscillant entre son village et un univers psychédélique, où imagination et absurde se mélangent pour lancer cinquante idées à la minute.

Dans Philémon, tout est invraisemblable, entre miroirs qui retardent, tailleurs d’ombres et phares-hiboux, mais on n’a pas le temps de s’attarder sur une situation que la suivante survient déjà.

Les péripéties étranges de Philémon se dévorent page après page, et elles ne s’oublient pas. Et quand on referme le livre, on se demande combien d’histoires pourrait-on créer rien qu’en exploitant une seule des idées qui traversaient la tête de Fred ?

Philémon (l’Intégrale), Fred, éd. Dargaud, 2011 (parution originale : 1965), 296 pages, 35€.

 

 

LE CHOIX DE JULIETTE

 

Les contours de la mélancolie, de Léa Herbreteau

Si, comme moi, vous aimez les romans qui parlent du monde d’aujourd’hui (avec un soupçon de fantastique) et qui, à chaque page, vous arrachent un sourire ou une larme, alors je vous recommande chaudement le premier roman de Léa Herbreteau.

J’ai été séduite par la plume incisive de l’auteure, son humour, ses personnages haut en couleur et sa capacité à parler de sujets graves – la dépression, le harcèlement moral, le burn out – sans pour autant tomber dans la noirceur.

Pour son premier roman, Léa Herbreteau frappe fort, et en plus de cela, elle vient questionner un thème qui m’est cher : le bonheur au travail.

Les contours de la mélancolie, Léa Herbreteau, éd. Calmann-Lévy, 2020, 272 pages, 19,50€.

 

Si vous n’avez pas trouvé votre bonheur, nous vous invitons à découvrir la deuxième partie de nos recommandations la semaine prochaine, vendredi 31 octobre. 

À bientôt et merci de nous avoir lu.e.s !

 

 

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