Revue volatile

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Envoyer son manuscrit à des maisons d’édition : pas une mince affaire !

par | 4 Déc 2020 | Reportages

Envoyer son manuscrit à des maisons d’édition : pas une mince affaire !

par | 4 Déc 2020 | Reportages

Article Sapin

Quand on écrit, il arrive parfois un moment où on se dit que ça y est, j’ai fini, je vais l’envoyer, je vais essayer d’être publié. Ce moment est arrivé pour moi il y a quelques mois. Quelques longs mois durant lesquels j’ai dû fournir un travail conséquent qui demande une rigueur, et surtout une confiance en soi qu’il n’est pas toujours facile d’acquérir.

Pour ma part, j’ai eu la chance d’être entourée d’incroyables personnes qui m’ont aidée sur de nombreux points. Mais j’y reviendrai  je vais partager mon expérience, donc ça n’est en aucun cas un « idéal » de l’envoi des manuscrits, encore moins un exemple à suivre. Mon intention est simplement de vous donner ma propre vision de l’exercice, afin de donner une vague idée de ce à quoi cela ressemble — pour moi au moins.

Spoiler avant étape

Pour qu’on comprenne ce que je raconte, il faut que je résume brièvement mon roman. Je vais aller assez vite, parce que ce n’est pas vraiment ce que je veux aborder ici. C’est un huis clos, on suit Léa, qui est interrogée par deux inspecteurs dans une salle d’interrogatoire. Elle a visiblement été enlevée par une secte, où elle a subi une agression sexuelle. Bien vite, on voit qu’elle a deux personnalités : Léa, et une alter ego, Vi, qui aimait son ravisseur. Peu après, on découvre Betty, une troisième personnalité très violente. Les inspecteurs essayent de connaître une liste de mots qu’aurait prononcée une voix pendant la séquestration de Léa. Ils apprennent à Vi qu’elle n’est pas enceinte, mais elle découvre que c’est un mensonge. Et… je ne raconte pas la fin, parce que ça serait dommage si j’arrive à le publier un jour !

Première étape

Ça risque de sembler tout à fait idiot, mais pour envoyer un manuscrit, eh bien il faut commencer par l’écrire. Ça peut paraître une étape simple au vu du sujet traité ici, mais je vais en réalité y passer un peu de temps. Pour ceux qui écrivent, finir un projet est quelque chose de compliqué. Ça demande du temps et une énorme implication : tous les projets ne sont pas finalisés. J’ai eu la chance, pour ce projet particulier, Vox Pluralis, de l’écrire très vite. En réalité, j’ai commencé à l’écrire un peu au hasard, en faisant dialoguer deux de mes personnages, Léa et Betty. C’est un « jeu » que je fais souvent depuis le lycée, avec elles — des idées de personnages que je traîne depuis un moment, elles font entièrement partie de mon écriture. Et puis, soudain est apparu un thème, puis des inspecteurs, l’idée d’un huis clos et hop ! tout s’est enchaîné. Par conséquent, je ne me suis pas retrouvée bloquée au milieu sans plus savoir où aller, comme ça m’est déjà arrivé par le passé. Dans ces cas-là, d’ailleurs, mieux vaut prendre du recul, laisser respirer le projet et y revenir avec les idées plus claires et une vision neuve.

Cela dit, j’ai un peu « triché », comme j’ai une écriture à processus. Il existe deux types d’écriture : à processus, et à programme. Ceux qui écrivent à programme suivent un plan très bien défini, et ne partent donc pas dans tous les sens. Certains autres écrivent à processus, c’est-à-dire qu’ils écrivent au fil de la plume, sans réfléchir à ce qui va arriver — ce qui demande évidemment un travail de relecture plus conséquent. Bien entendu, c’est souvent un mélange des deux qu’adoptent la plupart des gens qui écrivent. Par exemple, j’écris moi-même avec des îles. Mes îles sont des scènes importantes que j’ai envie d’écrire ou déjà écrites, et il ne me reste plus qu’à écrire des ponts pour les relier entre elles, qui, eux, seront en écriture automatique ; même moi je peux être surprise par certaines réactions ou actions de mes personnages — par exemple, jusqu’au bout de mon roman, j’ignorais quels étaient les rôles précis des inspecteurs, si Léa était bien enceinte ou quel était le but poursuivi par la secte.


Deuxième étape

Une fois le manuscrit — prenons le cas précis du roman, puisque c’est le format que j’ai adopté pour mon projet — pourvu d’un point final, il est loin d’être achevé. Il reste l’étape la plus importante : la relecture. Qui inclut les corrections orthographiques, typographiques, de cohérence et aussi toutes les modifications de type suppressions, ajouts ou changements radicaux. Pour cette étape, comme pour la précédente, j’ai eu la chance, que dis-je, le bonheur, d’être accompagnée dans mon écriture par nuls autres que Wanda, Perrine et Anatole. Nous avons constitué au début de notre master un groupe de lecture : nous nous envoyons tous un chapitre ou extrait à lire, et tous les mois, ou toutes les deux semaines, nous nous réunissons pour en discuter en faisant des commentaires sur l’orthographe, la typographie, le style, le scénario, etc… Les avoir avec moi pendant les processus de création et de relecture m’a permis non seulement d’avancer rapidement sur l’écriture, donc de sortir un premier jet déjà assez abouti, mais aussi de me guider dans les corrections à effectuer. Ils m’ont notamment poussé à réécrire la fin qui ne plaisait à aucun d’entre nous. Ça m’a donné du travail supplémentaire, mais in fine, j’ai réussi à écrire une nouvelle fin qui me paraissait beaucoup plus appropriée au caractère de mes personnages, et ce grâce aux conseils et aux nombreuses réflexions que mon groupe de lecture a partagées avec moi. Je ne saurais que trop recommander à ceux qui écrivent seuls de se faire lire, que ce soit par des proches ou des inconnus, peu importe, tant qu’une personne extérieure est là pour donner un autre avis que celui de l’auteur en personne. Mon propre groupe de lecture m’a permis d’atteindre, après quelques petits mois seulement, ma première version finale.

D’ailleurs, comme je l’aborde, la version finale est une terrible phase, déclinée en « version ancienne », « vieille version », « fin alternative » ou encore « version finale 4 ». J’ai, pour ma part, eu la mauvaise expérience de faire des heures de corrections sur une version qui n’auraient pas subi mes précédentes vagues de corrections. J’ai perdu du temps et de la motivation juste à cause de mon organisation bancale. Maintenant, au moins, je ne fais plus l’erreur  je classe mes documents en les renommant « Titre-date » dans des dossiers dédiés de type « premier jet », « premières corrections ». Chacun a sa façon de fonctionner, le but est juste de ne pas se perdre.

Troisième étape

À partir de là, je me suis retrouvée à pouvoir dire que j’avais fini mon roman malgré les doutes persistants et les petits détails qui me chiffonnent encore. Il n’est pas parfait, évidemment, mais il me plaît. Mon réflexe a donc été : je vais l’envoyer. Oui, mais chez qui ? J’ai donc été confrontée à un choix : celui des maisons d’édition. Pour ça, je me suis posé plusieurs questions très larges : quel est le public visé ? Quelle tranche d’âge ? Une chose à laquelle j’avais déjà réfléchi lors de l’écriture sans jamais pouvoir trouver une réponse. Mon roman rentre-t-il dans un genre ? Je n’ai pas de genre de prédilection  j’ai écrit du fantastique, j’ai débuté un roman SF dernièrement, j’adore écrire du théâtre, je suis assez versatile dans mon écriture. Donc je ne pouvais pas juste me dire « comme d’habitude ». Policier ? Non, pas principalement, mais il s’agit plus ou moins d’une enquête, sur une secte, qui plus est. Littérature jeunesse, alors ? Il est question de thèmes trop difficiles — j’y parle de kidnapping, d’agressions et de maladie mentale, tout de même —, pourtant, vu l’âge de ma protagoniste, cela pourrait.

Définir votre roman peut être une tâche ardue. Mais nécessaire. Car c’est comme ça que vous allez pouvoir cibler les maisons d’édition les plus susceptibles de correspondre à votre projet. J’ai moi-même fini par opter pour le côté policier, mais je ne suis toujours pas sûre d’avoir fait le bon choix. Bien entendu, rien n’est définitif  si aucune des maisons ne m’a répondu positivement, alors je peux basculer sur des maisons d’un autre genre. Attention cependant à ne pas céder à la tentation d’envoyer à Hachette et Gallimard juste parce que ce sont les maisons d’édition dont on parle le plus. Effectivement, ils ont l’avantage d’avoir un budget conséquent à accorder à la communication, mais ils ont aussi beaucoup de demandes, et beaucoup de publications. Autrement dit, plus la maison d’édition est importante, plus il y a de risques que vous soyez peu accompagné, faute de temps de leur part.

L’important pour moi était — est toujours — de trouver une maison d’édition qui me corresponde, en termes d’écriture, mais aussi humainement. Je veux me sentir accompagnée dans ma démarche de publication et pouvoir promouvoir au mieux mon roman. J’ai donc sélectionné cinq maisons d’édition. Pour les choisir, je me suis dit que j’allais me concentrer sur le style policier de mon roman. J’ai donc sélectionné deux « grosses » maisons d’édition, deux « moyennes », et une collection. Pour cette dernière, j’ai envoyé à la maison d’édition en précisant bien que mon manuscrit était à destination de cette collection précisément.


Troisième étape, encore

Un détail qui mérite d’être précisé : certaines maisons d’édition, surtout en ces temps troublés, n’acceptent pas les manuscrits papier. Ça reste assez rare, mais vérifier les modalités d’envoi des manuscrits est essentiel pour ne pas perdre du temps, de l’argent, un manuscrit ou même une chance de se faire publier — et accessoirement pour ne pas passer pour un idiot.

Personnellement, j’ai envoyé quatre versions papier, ainsi qu’une version PDF que j’ai envoyée par mail. Dieux merci, je n’ai constaté aucune faute ou coquille après avoir imprimé mes quatre manuscrits. J’ai pris soin de les faire relier, ça me semblait plus « professionnel ». Aussi, je ne l’ai pas fait — et j’aurais dû, mais je n’y ai pensé qu’après l’impression — mais j’aurais pu faire une page de garde, pour montrer que j’avais vraiment travaillé jusqu’au bout ce projet.

Ce qui m’amène à…

Quatrième étape

L’envoi ! Il m’a suffi de prendre une grande inspiration. Enfin, en plus d’acheter de supers enveloppes et de dépenser de l’argent pour envoyer le tout. D’ailleurs, j’ai choisi de les envoyer en recommandé, ça me semblait plus prudent. Aussi, j’ai joint un synopsis de mon projet. Le synopsis est un résumé qui raconte de A à Z le roman. Dans les grandes lignes, évidemment, rien ne sert de s’appesantir sur les détails. Il sert notamment à donner une idée du scénario à une commission de lecture qui aurait aimé les premières lignes du roman mais qui n’aurait pas le temps de tout lire. Pour ma part, c’était mon premier « vrai » synopsis et j’ai eu beaucoup de mal à l’écrire. J’avais peur de desservir mon roman, de trop en dire, ou pas assez, de ne pas donner une bonne idée de mon projet, de le rendre fade, etc… Bref, encore une fois, j’ai demandé un peu d’aide autour de moi pour arriver à écrire un synopsis qui me satisfasse au maximum.

J’ai aussi ajouté une petite présentation avec peu d’informations. J’ai expliqué d’où je venais, ce que j’avais fait comme études, quel est mon projet dans la vie — tenir ma propre librairie et pouvoir écrire en même temps, si ça vous intéresse de savoir — et également mon rapport à l’écriture. J’ai donc mentionné les deux prix littéraires que j’ai gagnés — Prix Clara, 2013 et le Prix du Jeune Écrivain, 2019 — ainsi que mes diverses expériences concernant l’écriture, c’est-à-dire mes projets finis et ceux en cours. Ça n’est pas strictement obligatoire mais ça montre mon sérieux et ça pourrait faire pencher la balance en ma faveur, qui sait.

L’étape finale

L’attente. C’est long, c’est stressant et un peu frustrant parfois, mais il faut savoir qu’il y a des dizaines de manuscrits reçus par jour par certaines maisons d’édition. Alors il leur faut du temps, et moi, il me faut m’armer de patience. Je les ai envoyés il y a maintenant deux mois et je ne désespère pas. C’est normal de penser que personne ne va jamais me publier, que ma version finale n’était pas assez travaillée, que j’aurais dû changer ce passage-là et élaguer celui-ci : ça ne sert à rien, franchement. Si j’ai décidé d’envoyer cette version-là, c’est qu’elle me plaisait comme ça. Cependant, certaines maisons d’édition, sur leur site, indiquent le temps maximal à attendre pour une réponse de leur part. Ça aide à se fixer une date à laquelle se dire « tant pis pour ces envois, passons à d’autres ». D’autres envoient un sympathique mail.

Certaines maisons d’édition peuvent répondre par mail ou par la poste — en général, comme illustré ci-dessous, ils ne renvoient pas vos manuscrits, à moins d’avoir joint une enveloppe affranchie lors de l’envoi initial. J’ai eu pourtant la surprise de recevoir de la part d’une des maisons d’édition mon manuscrit et une réponse par la poste. C’est agréable mais rare : les envois coûtent cher et toutes ne peuvent pas se permettre d’y allouer de l’argent et du temps. Globalement, toutes les maisons d’éditions répondent, ou font de leur mieux pour vous envoyer un retour dans les plus brefs délais.

Pas de nouvelles après le temps imparti ? Tant pis, j’enverrai mon manuscrit à d’autres ! Il ne faut pas arrêter de croire en moi parce que j’ai été refusée par cinq maisons, ça serait idiot. D’autres ont insisté, et ont eu raison, non ? Il suffit de se dire « pourquoi pas moi ? »

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2 Commentaires

  1. Jusan

    Je croise les doigts très très fort pour ton manuscrit ! merci de nous avoir laissés t’accompagner dans ce long voyage (pas si facile mine de rien)💚

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  2. Juliette

    Pas une mince affaire, en effet ! Bravo pour cette grande étape de franchie, en espérant que cela va porter ses fruits…
    En tout cas ton partage d’expérience m’est bien utile ; je vais bientôt m’atteler à la tâche moi aussi 🙂

    Réponse

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