Ils ont été aperçus aux abords des cours d’eau, dans les forêts et sur les plages de sable fin. Ils ont quatre becs, six pattes, plus de deux ailes souvent. Leurs couleurs ne s’accordent pas, leurs chants si parfois. Ils sont comme vous et moi…

Ce sont les drôles d’oiseaux.

Vols planés

Engagement

Dans ce poème déclamatoire, Séraphin explore les versants du mot « Engagement », à une époque où se côtoient engagement des corps et désengagement des cœurs.

Songes habitables

Trois poèmes rédigés par Théo et dédiés à trois personnalités artistiques qui l’ont marqué par leurs œuvres.

Deuxième migration

Après nos rêves

Là-bas

Pour cette deuxième migration, Théo, Salomée et Juliette ont fait le choix d’une écriture sonore et musicale, doucement accompagnée par l’image.

Différent

par | 22 Déc 2020

Il a toujours été comme ça, mon drôle d’oiseau. La tête dans les nuages, toujours à papillonner. Manque d’attention, selon ses instituteurs. Mais je sais, moi, qu’il a juste mille scènes qui se jouent dans son esprit. Là où l’on voit un nuage, lui imagine un château fort, la rivière se transforme en monstre aquatique et les arbres en guerriers géants de Gaïa. Son imagination n’a pas de limite. Sa bizarrerie non plus, mais j’imagine que, quand on est différent comme il l’est, on ne peut pas le cacher. Il n’essaye pas et j’en suis heureuse. Il n’essaye pas, parce qu’il ne voit pas sa différence. Pour lui, tout est spécial,  tout est incroyable, chaque découverte représente un nouveau défi, une nouvelle source d’idées. Il est insatiable. 

— Maman ? 

Je lui souris, de loin. Il me fait un grand signe de la main en s’esclaffant, comme si mon sourire lui avait soufflé des mots que je n’ai pas prononcés. Je l’aime tellement. Quand il était nourrisson, alors qu’il était déjà différent, je le bordais tous les soirs en lui chantant une berceuse. Chaque soir une nouvelle. Je passais des heures à en trouver, parfois même je les inventais, faute de mieux. Mon drôle d’oiseau a toujours préféré celles-ci, sans savoir qu’elles venaient de moi, vraiment de moi. Je chantais, et après avoir fini, je me blottissais un instant contre lui. Quelquefois, je le serrais contre moi. Si fort que, par moments, j’avais peur de briser ce petit corps malingre qui abrite cet esprit incroyable. 

— Maman ! 

À nouveau je souris et, à mon tour, fais un signe de la main. À nouveau, il rigole. C’est un son qui fait écho à ses tendres années. Un son aigu et maladroit, qui trahit à lui seul la différence de mon fils. Je l’admire avec toute la tendresse que j’éprouve pour lui. Je sais qu’il n’en souffre pas, mais parfois, j’aimerais le protéger du regard des autres. À l’école par exemple. Comme son père a choisi de l’inscrire en école publique, mon oiseau se  retrouve au milieu des fauves. Et à mon grand malheur, la communication  n’étant pas son fort, je ne sais pas comment ça se passe. Les instituteurs me  promettent qu’il s’intègre bien, oui, qu’il discute avec les autres, il a même une amie avec qui il est souvent. C’est la petite Sophie. Elle est en situation de  handicap, sourde-muette. J’imagine qu’ils font la paire, tous les deux, et dans  mes cauchemars, je ne peux pas m’empêcher d’imaginer les autres les juger. 

Ça me rend folle, cette impuissance. Mon mari dit que le gosse est heureux  comme ça, que ça ne sert à rien de paniquer, on ne peut rien y faire de toute  façon. Ma psychologue me conseille de lâcher prise. Et moi dans tout ça ? Et  lui, dans tout ça ? Je ne sais pas ce qu’il pense, comment il pense, ce qui occupe ses pensées. Une ignorance qui me rapproche des autres mères, moi qui suis devenue différente lorsque j’ai donné naissance à ce fils. 

— Maman ! 

Il a trouvé un escargot qu’il me montre fièrement. Écrasé de ce que j’en vois. Mon garçon n’a pas une grande adresse, c’est vrai, mais il n’est pas  méchant. Quand il va se rendre compte qu’il a tué l’escargot, il va sûrement se  mettre à paniquer. Je vais m’approcher de lui, je m’apprête à le rassurer. C’est  le devoir d’une mère, et le fonctionnement particulier de mon fils ne change en rien le mien. Si un jour quelqu’un cherche à faire du mal à mon oisillon, on se rendra  compte que celle qui lui a donné naissance est une lionne prête à tout pour  protéger son petit. Je serai cette lionne, comme toute mère, à la seule différence  que mon fils aura besoin de moi jusqu’à sa mort. J’ai fait la paix avec ça depuis longtemps. On choisit d’être mère, mais être celle d’un enfant autiste nécessite une dévotion peu commune, un amour sans limites qui met du temps à naître, même si c’est difficile de l’avouer. Son père comprendra ça lui aussi, il faut juste du temps.

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Première migration

Drôles d’oiseaux

Plumes recomposées

Quelques plumes nous ont échappé au cours de notre migration… Juliette les a ramassées pour recomposer un duvet d’un tout autre acabit. Petit poème bonus pour clore notre premier vol.

Baignade

« Ma pensée se déroule comme la rivière dans laquelle j’ai glissé mes pieds. Elle coule sans arrêt, se précipite ou bien se laisse porter, toujours vers une destination inconnue. »

Rouge

« On a couru le long de la rivière, et l’allée était peuplée de citrouilles. C’était un mois trop tôt. Les pierres glissaient sous nos pieds, elles dégringolaient dans l’eau glacée. On s’est perdus de vue dans le tumulte, mais on savait qu’on se retrouverait, au bord de l’étang. »

Le nid

« Le soir venu, l’oiseau fait son nid.
Il aura pris soin, au préalable, de choisir l’endroit. Il aura inspecté tous les arbres environnants, étudié l’inclinaison, éprouvé la solidité du tronc — il ne faudrait pas se retrouver par terre ! »

Fuite en avant

« C’était un lieu étrangement vide. Il n’y avait que deux vieilles barques de presque trois mètres de long, posées au milieu de la pièce et on devait les regarder avec intérêt pour montrer notre grandeur d’esprit. »

Il y a quelque chose

« Il y a quelque chose
De plus dans ton regard
Quelque chose d’ouvert
Quelque chose qui ouvre »

J’ai rêvé qu’il y avait un demain

« On a pris la voiture, quelques affaires, c’est tout. On n’a pas réfléchi. Enfin… On a bien galéré une heure, penchées sur le GPS. Pourquoi voulait-il nous faire passer par des routes aussi improbables ? »

Le club des drôles d’oiseaux

« Cher journal, j’ai beaucoup réfléchi. C’est vrai que je n’ai pas d’amis, mais au collège on est plusieurs à ne pas en avoir. Alors je me suis demandé pourquoi tous ceux qui n’ont pas d’amis ne  deviendraient pas amis. »

La valise

« Une bonne minute leur fut nécessaire pour convenir que cette araignée-là n’était pas d’une taille modeste. Quant aux mesures qui devaient être prises à son encontre, leurs avis divergeaient. »