Ils ont été aperçus aux abords des cours d’eau, dans les forêts et sur les plages de sable fin. Ils ont quatre becs, six pattes, plus de deux ailes souvent. Leurs couleurs ne s’accordent pas, leurs chants si parfois. Ils sont comme vous et moi…

Ce sont les drôles d’oiseaux.

Vols planés

Engagement

Dans ce poème déclamatoire, Séraphin explore les versants du mot « Engagement », à une époque où se côtoient engagement des corps et désengagement des cœurs.

Songes habitables

Trois poèmes rédigés par Théo et dédiés à trois personnalités artistiques qui l’ont marqué par leurs œuvres.

Deuxième migration

Après nos rêves

Là-bas

Pour cette deuxième migration, Théo, Salomée et Juliette ont fait le choix d’une écriture sonore et musicale, doucement accompagnée par l’image.

J’ai rêvé qu’il y avait un demain

par | 9 Nov 2020

On a pris la voiture, quelques affaires, c’est tout. On n’a pas réfléchi. Enfin… On a bien galéré une heure, penchées sur le GPS. Pourquoi voulait-il nous faire passer par des routes aussi improbables ? Tu l’as copieusement insulté. J’en ai rigolé, doucement. Je ne voulais pas te contrarier davantage.

Sur l’autoroute, de la lave suppurait des crevasses qui engloutissaient les voitures. L’air était lourd électrique, mais la masse noire qui avançait vers nous ne déverserait pas ses larmes. La météo était formelle : demain, pas plus tôt. On s’est arrêtées à une station-service déserte. La lave bouillonnait dans la nuit, s’abîmant en bulles orangées sur le goudron. Je me suis assise contre la voiture et je l’ai regardée avancer jusqu’à nous. Le GPS continuait de faire des siennes. Tu bougonnais. La pompe à essence, comme pour répondre à ton agacement, n’a pas voulu te gratifier d’une seule goutte. 

On a dormi dans un motel blindé. Les gens se bousculaient pour entrer dans les chambres. Je voyais leurs visages et je ne comprenais pas. On est passées devant le comptoir sans le regarder. J’ai affirmé que de toute façon, ce n’était pas la peine de payer ; tu n’as rien dit, mais je t’ai vue déposer quelques pièces à côté du téléphone qui, comme pour lui-même, chantait une berceuse.

Dans la chambre, on s’est retrouvées vers l’angle gauche du plafond, non loin du lustre grésillant. On devait être entre cent et cinq cents. Je ne sais pas. Je n’ai jamais eu l’œil pour ces empilements nocturnes. Personne ne parlait. On voulait juste dormir. On n’avait même plus la force de râler.

Le lendemain matin, la lave avait tout englouti. Sur un radeau d’étain, trois chats miaulaient à la mort, agacés par leur humain qui n’arrivait pas à diriger sa barque. Bien entendu, notre voiture avait aussi fait les frais de l’enlavement. Certains colocataires infortunés nous ont proposé de venir dans leur montgolfière en plastique. J’ai dit non et on les a regardés s’écraser quelques kilomètres plus loin, sur la plus petite dent de la plus haute chaîne de montagnes.

On est montées à bord d’un supermarché à la dérive. Nos portables se sont perdus entre la forêt et la ville suivante, et on n’a pas cherché à les retrouver. Quelque chose en nous avait fait naître une seule et unique certitude, celle qu’on était indubitablement, totalement, de façon tout à fait excitante, livrées à nous-mêmes.

Venus du nord, des requins-marteaux fluorescents ont tracé notre chemin en ouvrant grand leurs gueules silencieuses. Leurs formes allongées ont un instant masqué les colonnes d’enfants qui avançaient au milieu de la ville, rangés deux par deux et chantonnant les comptines que leur professeur leur soufflait, perché sur un robot vert bouteille, à l’avant du cortège, entre les musiciens et les ingés son.

Tu as fini par me demander ce qu’on faisait là. J’attendais cette question depuis notre départ, mais je ne savais tout de même pas comment y répondre. Je me suis contentée de rire. Je ris toujours quand j’ignore quoi dire. Le problème, c’est que tu en as conscience, tu me connais trop bien. Tu t’es détournée, vexée, et un enfant t’a fauchée en voulant rejoindre son binôme qui l’avait déserté pour ramasser un écureuil en hypothermie sur le bord du chemin. Tu n’as pas voulu de mon aide pour te relever.

Les colonnes de fumée se sont matérialisées à la fin d’une autre journée, sortant de la bouche entrouverte des corps qui s’étaient endormis entre les bus à l’arrêt. Leurs couleurs chamarrées, fractionnées en arcs-en-ciel vaporeux, ont empli la plage de leur présence. Nos chaussures ont commencé à s’enfoncer entre les dunes. Je faisais des enjambées de plus en plus grandes, mais ça ne servait à rien. On a atterri six pieds sous terre, dans les cryptes où piaillent les volatiles squelettiques. J’ai dit que ce n’était pas grave, qu’il y avait un escalier de secours quelque part à l’est, à quelques jours de marche. Tu n’as pas réagi ; pourtant, tu m’as suivie.

Il n’y avait pas d’escalier. On continue de marcher sous terre. Je n’ai pas besoin d’être à l’extérieur pour savoir que la lave est partie comme elle est venue, se retirant discrètement, laissant une terre aux plaies à vif.

À présent, c’est la pluie seule qui se déverse en sanglots épuisés ; les drôles d’oiseaux nous racontent des blagues, mais ils n’attendent que le moment propice pour nous manger. Toi, tu souris à nouveau, tu leur réponds. Quand je ne veux plus avancer, tu prends ma main et tu acceptes qu’il n’y a pas de réponse à ta question.

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Première migration

Drôles d’oiseaux

Plumes recomposées

Quelques plumes nous ont échappé au cours de notre migration… Juliette les a ramassées pour recomposer un duvet d’un tout autre acabit. Petit poème bonus pour clore notre premier vol.

Différent

« Il a toujours été comme ça, mon drôle d’oiseau. La tête dans les nuages, toujours à papillonner. Manque d’attention, selon ses instituteurs. Mais je sais, moi, qu’il a juste mille scènes qui se jouent dans son esprit. »

Baignade

« Ma pensée se déroule comme la rivière dans laquelle j’ai glissé mes pieds. Elle coule sans arrêt, se précipite ou bien se laisse porter, toujours vers une destination inconnue. »

Rouge

« On a couru le long de la rivière, et l’allée était peuplée de citrouilles. C’était un mois trop tôt. Les pierres glissaient sous nos pieds, elles dégringolaient dans l’eau glacée. On s’est perdus de vue dans le tumulte, mais on savait qu’on se retrouverait, au bord de l’étang. »

Le nid

« Le soir venu, l’oiseau fait son nid.
Il aura pris soin, au préalable, de choisir l’endroit. Il aura inspecté tous les arbres environnants, étudié l’inclinaison, éprouvé la solidité du tronc — il ne faudrait pas se retrouver par terre ! »

Fuite en avant

« C’était un lieu étrangement vide. Il n’y avait que deux vieilles barques de presque trois mètres de long, posées au milieu de la pièce et on devait les regarder avec intérêt pour montrer notre grandeur d’esprit. »

Il y a quelque chose

« Il y a quelque chose
De plus dans ton regard
Quelque chose d’ouvert
Quelque chose qui ouvre »

Le club des drôles d’oiseaux

« Cher journal, j’ai beaucoup réfléchi. C’est vrai que je n’ai pas d’amis, mais au collège on est plusieurs à ne pas en avoir. Alors je me suis demandé pourquoi tous ceux qui n’ont pas d’amis ne  deviendraient pas amis. »

La valise

« Une bonne minute leur fut nécessaire pour convenir que cette araignée-là n’était pas d’une taille modeste. Quant aux mesures qui devaient être prises à son encontre, leurs avis divergeaient. »