Ils ont été aperçus aux abords des cours d’eau, dans les forêts et sur les plages de sable fin. Ils ont quatre becs, six pattes, plus de deux ailes souvent. Leurs couleurs ne s’accordent pas, leurs chants si parfois. Ils sont comme vous et moi…

Ce sont les drôles d’oiseaux.

Vols planés

Engagement

Dans ce poème déclamatoire, Séraphin explore les versants du mot « Engagement », à une époque où se côtoient engagement des corps et désengagement des cœurs.

Songes habitables

Trois poèmes rédigés par Théo et dédiés à trois personnalités artistiques qui l’ont marqué par leurs œuvres.

Deuxième migration

Après nos rêves

Là-bas

Pour cette deuxième migration, Théo, Salomée et Juliette ont fait le choix d’une écriture sonore et musicale, doucement accompagnée par l’image.

Le club des drôles d’oiseaux

par | 4 Nov 2020

22 octobre 2019 

Cher journal,

j’ai beaucoup réfléchi. C’est vrai que je n’ai pas d’amis, mais au collège on est plusieurs à ne pas en avoir. Alors je me suis  demandé pourquoi tous ceux qui n’ont pas d’amis ne  deviendraient pas amis. J’ai décidé de former un club, le club des drôles d’oiseaux. J’allais quand même pas l’appeler le club des sans-amis. J’ai choisi de l’appeler comme ça parce que ce qu’on  a en commun, c’est qu’on nous dit qu’on est bizarres. Enfin c’est pas ça qu’on dit, c’est « chelou », « coincés », « tarés », mais je pense que c’est plus ou moins la même idée. 

Je suis donc allé parler à Olga. Tout le monde dit qu’elle est moche, je sais pas pourquoi. À moi aussi ils me le disent, ils m’appellent « tête de gland », mais moi si mon gland avait cette tête-là je m’inquiéterais. Je dis pas que je suis beau, mais je suis normal quoi, j’ai une tête avec des yeux, un nez et une bouche, je  sais pas ce qu’il leur faut. Bref, j’ai parlé à Olga. Eh ben, personne le sait mais elle est super intéressante. Elle adore jouer aux échecs, elle veut faire des grandes compétitions. Elle veut bien rejoindre mon club pour qu’on joue ensemble ! Je lui ai pas dit que je savais pas jouer, mais c’est pas grave, elle m’apprendra.

J’ai parlé à Tristan, celui qu’ils appellent « le muet ». Moi du coup au début je croyais qu’il était vraiment muet. Ben non, il leur parle juste pas à eux. En même temps, un type qui t’appelle « le muet », il pense pas que si toi aussi tu veux l’appeler par une de ses caractéristiques, tu vas l’appeler « le con ». Tristan veut pas rejoindre le club, il aime pas trop ça, il m’a dit. Je lui ai dit qu’on est pas obligés de faire un club pour être amis et il m’a répondu « ça me va ».

J’ai parlé à Suzanne, qu’ils appellent « la coincée » parce qu’elle s’écarte quand ils posent leurs mains pleines de sueur sur elle. Ils essaient tout le temps de la prendre par la taille, y en a même un qui a essayé de l’embrasser. C’est là que je me suis dit que finalement, être moche au collège c’est chiant, mais être belle c’est chiant aussi, juste pas chiant pareil. Je sais pas ce que je préfèrerais si je devais choisir entre les insultes que se ramasse Olga et les pattes dégueulasses qui se posent sur Suzanne. Suzanne a dit OK pour le club, surtout si on se réunit à la récré.  Elle m’a dit : « J’en ai marre de faire semblant d’avoir mes règles pour passer la récré aux toilettes ». J’espère que ces gros lourds vont pas l’embêter tant qu’elle est avec nous. Si je dois leur dire de dégager, je vais me pisser dessus. 

13 décembre 2019 

Cher journal, 

le club des drôles d’oiseaux a pris forme. On joue aux échecs le  dimanche chez Olga. Elle a eu l’air furax quand elle a compris  que j’avais jamais joué. Mais maintenant je sais. Je sais pas  encore gagner par contre.

Le jeudi soir on joue à des jeux vidéos chez Suzanne, et parfois Tristan joue en ligne avec nous. 

Le mardi soir on va chez moi, c’est notre bibliothèque, on prend  le livre qu’on veut, on lit, les autres en ramènent chez elles. 

Aux récrés, on discute et on tient le registre des trucs les plus cons qu’on nous a dits au collège. On tiendrait bien un registre de jolies citations mais c’est pas la peine d’avoir un cahier blanc. 

Tristan et moi on se retrouve parfois l’un chez l’autre le samedi  et on parle beaucoup. 

Tu vois, cher journal, le club des drôles d’oiseaux se porte bien. On nous appelle « la bande des paumés », mais c’est pas grave,  parce que dans « bande des paumés », y a « bande », ça veut dire trop nombreux pour être attaqués. Et puis maintenant, je m’ennuie plus jamais, et j’ai quelqu’un avec qui rire des autres à mon tour. Désormais, quand je vais au collège, ce n’est plus seulement le collège que je trouve. C’est Olga, c’est Suzanne, c’est Tristan.

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1 Commentaire

  1. Avatar

    A chaque fois que je te lis j’ai l’impression de retrouver l’enfant qui est allé se réfugier très loin au fond de moi… 🍄

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Première migration

Drôles d’oiseaux

Plumes recomposées

Quelques plumes nous ont échappé au cours de notre migration… Juliette les a ramassées pour recomposer un duvet d’un tout autre acabit. Petit poème bonus pour clore notre premier vol.

Différent

« Il a toujours été comme ça, mon drôle d’oiseau. La tête dans les nuages, toujours à papillonner. Manque d’attention, selon ses instituteurs. Mais je sais, moi, qu’il a juste mille scènes qui se jouent dans son esprit. »

Baignade

« Ma pensée se déroule comme la rivière dans laquelle j’ai glissé mes pieds. Elle coule sans arrêt, se précipite ou bien se laisse porter, toujours vers une destination inconnue. »

Rouge

« On a couru le long de la rivière, et l’allée était peuplée de citrouilles. C’était un mois trop tôt. Les pierres glissaient sous nos pieds, elles dégringolaient dans l’eau glacée. On s’est perdus de vue dans le tumulte, mais on savait qu’on se retrouverait, au bord de l’étang. »

Le nid

« Le soir venu, l’oiseau fait son nid.
Il aura pris soin, au préalable, de choisir l’endroit. Il aura inspecté tous les arbres environnants, étudié l’inclinaison, éprouvé la solidité du tronc — il ne faudrait pas se retrouver par terre ! »

Fuite en avant

« C’était un lieu étrangement vide. Il n’y avait que deux vieilles barques de presque trois mètres de long, posées au milieu de la pièce et on devait les regarder avec intérêt pour montrer notre grandeur d’esprit. »

Il y a quelque chose

« Il y a quelque chose
De plus dans ton regard
Quelque chose d’ouvert
Quelque chose qui ouvre »

J’ai rêvé qu’il y avait un demain

« On a pris la voiture, quelques affaires, c’est tout. On n’a pas réfléchi. Enfin… On a bien galéré une heure, penchées sur le GPS. Pourquoi voulait-il nous faire passer par des routes aussi improbables ? »

La valise

« Une bonne minute leur fut nécessaire pour convenir que cette araignée-là n’était pas d’une taille modeste. Quant aux mesures qui devaient être prises à son encontre, leurs avis divergeaient. »