Ils ont été aperçus aux abords des cours d’eau, dans les forêts et sur les plages de sable fin. Ils ont quatre becs, six pattes, plus de deux ailes souvent. Leurs couleurs ne s’accordent pas, leurs chants si parfois. Ils sont comme vous et moi…

Ce sont les drôles d’oiseaux.

Vols planés

Engagement

Dans ce poème déclamatoire, Séraphin explore les versants du mot « Engagement », à une époque où se côtoient engagement des corps et désengagement des cœurs.

Songes habitables

Trois poèmes rédigés par Théo et dédiés à trois personnalités artistiques qui l’ont marqué par leurs œuvres.

Deuxième migration

Après nos rêves

Là-bas

Pour cette deuxième migration, Théo, Salomée et Juliette ont fait le choix d’une écriture sonore et musicale, doucement accompagnée par l’image.

Rouge

par | 9 Déc 2020

On a couru le long de la rivière, et l’allée était peuplée de citrouilles. C’était un mois trop tôt. Les pierres glissaient sous nos pieds, elles dégringolaient dans l’eau glacée. On s’est perdus de vue dans le tumulte, mais on savait qu’on se retrouverait, au bord de l’étang.

Amont, on saura à quoi ont servi la chaleur et la pluie acide.

Amont, on saura pourquoi le vent a perdu sa couleur.

On saura si ça valait la peine de voler autant, de n’en avoir rien à faire des visages difformes, ceux qui sont restés Aval.

Amont, rien n’aura plus à être étrange. Assez de nuits passées dans les vallées de la mort. Il n’y aura plus que des montagnes d’abondance. On vivra le reste de nos vies en un jour.

La terre a changé de couleur sur le plateau. Les fleurs à ombelles se dressent, ça leur donne des airs d’araignées écarlates entortillées entre elles. Personne d’autre que moi. Les citrouilles me suivent jusqu’aux berges de l’étang comme les clôtures bordent les chemins. C’est le soleil qui se couche, sur la rive d’en face. Les feuilles tombées font onduler la surface brûlante.

Les ombres sont là, plantées sur l’eau. Dans la lumière du crépuscule, seules les silhouettes se déplacent et les corps, quant à eux, n’ont plus de visage. En voyant les longues pattes qui s’articulent au cœur de l’étang, je crois d’abord à une file d’échassiers. Les drôles de formes vont à la queue leu leu d’un bout à l’autre du réservoir ; un instant, elles s’immobilisent en me remarquant, peut-être un ver dans le bec, puis reprennent la route sous la fournaise.

Mais le soleil est trompeur. Il éblouit, il dupe, il métamorphose les ombres, il dérègle. On l’a rendu ainsi. Aval, à cause de lui, personne n’a pu voir le squelette de Vénus se disloquer. Personne n’a vu les délégations d’ailleurs ni ne les a entendues, avec leurs longues jambes, se moquer de nous autres les migrateurs. C’était la première fois qu’ils rencontraient des oiseaux sédentaires à la recherche d’un nouveau nid parce qu’ils avaient saccagé l’ancien. La plus grande source de ridicule, ça avait été de fuir en abandonnant la plupart de nos semblables.

Aval, ils sont tombés. Amont, nous sommes montés.

On ne les a pas attendus. On n’a pris que nos monstres avec nous. Mais le soleil nous a tous rattrapés et les envahisseurs aux longues jambes, jaillissant des glaces qui ne fondaient pas, se sont à leur tour lancés sur nos traces.

C’était magnifique. 

J’aurais volontiers accompagné la panique par un poème symphonique, mais ils avaient déjà coupé l’électricité. Je ne me rappelle que la chaleur, la chaleur infâme, ruisselante, et notre fuite vers un nid inexistant.

Aval s’est liquéfié. 

Amont ? Je ne sais pas à quoi je m’attendais.

Hier, le ciel déployait un rideau indigo. Aujourd’hui, il s’est empourpré. Demain, j’en suis certain, il brûlera.

Et les drôles d’échassiers sortiront de leur ombre pour dévoiler leur visage d’outre-espace,

Et les constellations prendront la figure d’astronefs venus refermer le tombeau,

Et l’herbe aura volé la couleur des amours-en-cage,

Et les citrouilles de septembre siffleront-grinceront des dents pour me marmonner : « Heureux, alors ? Ton foyer est devenu rouge »,

Et quand demain viendra, on le saura avec certitude : on vivra le reste de nos vies en un jour.

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2 Commentaires

  1. Avatar

    Je veux une séquelle !!! 🦉 les images de ton texte sont vraiment super belles (pour changer), c’est toujours un plaisir de te lire 🐶

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    • Anatole Williame

      Sequel is tomorrow.
      Un jour je ferai un roman de post-apo qui te sera dédicacé, c’est juré.
      (Merci pour ce très doux commentaire)

      Réponse

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Première migration

Drôles d’oiseaux

Plumes recomposées

Quelques plumes nous ont échappé au cours de notre migration… Juliette les a ramassées pour recomposer un duvet d’un tout autre acabit. Petit poème bonus pour clore notre premier vol.

Différent

« Il a toujours été comme ça, mon drôle d’oiseau. La tête dans les nuages, toujours à papillonner. Manque d’attention, selon ses instituteurs. Mais je sais, moi, qu’il a juste mille scènes qui se jouent dans son esprit. »

Baignade

« Ma pensée se déroule comme la rivière dans laquelle j’ai glissé mes pieds. Elle coule sans arrêt, se précipite ou bien se laisse porter, toujours vers une destination inconnue. »

Le nid

« Le soir venu, l’oiseau fait son nid.
Il aura pris soin, au préalable, de choisir l’endroit. Il aura inspecté tous les arbres environnants, étudié l’inclinaison, éprouvé la solidité du tronc — il ne faudrait pas se retrouver par terre ! »

Fuite en avant

« C’était un lieu étrangement vide. Il n’y avait que deux vieilles barques de presque trois mètres de long, posées au milieu de la pièce et on devait les regarder avec intérêt pour montrer notre grandeur d’esprit. »

Il y a quelque chose

« Il y a quelque chose
De plus dans ton regard
Quelque chose d’ouvert
Quelque chose qui ouvre »

J’ai rêvé qu’il y avait un demain

« On a pris la voiture, quelques affaires, c’est tout. On n’a pas réfléchi. Enfin… On a bien galéré une heure, penchées sur le GPS. Pourquoi voulait-il nous faire passer par des routes aussi improbables ? »

Le club des drôles d’oiseaux

« Cher journal, j’ai beaucoup réfléchi. C’est vrai que je n’ai pas d’amis, mais au collège on est plusieurs à ne pas en avoir. Alors je me suis demandé pourquoi tous ceux qui n’ont pas d’amis ne  deviendraient pas amis. »

La valise

« Une bonne minute leur fut nécessaire pour convenir que cette araignée-là n’était pas d’une taille modeste. Quant aux mesures qui devaient être prises à son encontre, leurs avis divergeaient. »