Ils ont été aperçus aux abords des cours d’eau, dans les forêts et sur les plages de sable fin. Ils ont quatre becs, six pattes, plus de deux ailes souvent. Leurs couleurs ne s’accordent pas, leurs chants si parfois. Ils sont comme vous et moi…

Ce sont les drôles d’oiseaux.

Vols planés

Engagement

Dans ce poème déclamatoire, Séraphin explore les versants du mot « Engagement », à une époque où se côtoient engagement des corps et désengagement des cœurs.

Songes habitables

Trois poèmes rédigés par Théo et dédiés à trois personnalités artistiques qui l’ont marqué par leurs œuvres.

Deuxième migration

Après nos rêves

Là-bas

Pour cette deuxième migration, Théo, Salomée et Juliette ont fait le choix d’une écriture sonore et musicale, doucement accompagnée par l’image.

Le nid

par | 2 Déc 2020

Le soir venu, l’oiseau fait son nid.

Il aura pris soin, au préalable, de choisir l’endroit. Il aura inspecté tous les arbres environnants, étudié l’inclinaison, éprouvé la solidité du tronc — il ne faudrait pas se retrouver par terre ! 

Il aura ensuite rapatrié ses outils et, sagement, presque religieusement, il se sera mis au travail. D’abord, entourer le tronc au moyen d’un cordage. 

Le serpent sort du puits, fait le tour de l’arbre et revient dans le puits. 

La technique a été éprouvée maintes fois. Du solide.

Puis, dérouler la toile, atteindre l’autre tronc, et de nouveau le même procédé : puits-serpent-puits.

L’assise est prête. L’oiseau n’a pas de petits, mais il veut se sentir à son aise. Cette manie qu’ont les autres de s’enfermer, vraiment, il ne comprend pas. De son point de vue, rien n’est plus horripilant qu’un plafond. Lui, son plafond, c’est le ciel ! Ses murs, c’est le souffle du vent !

Il étend son duvet de plumes. C’est doux, c’est moelleux. Ça épouse parfaitement la courbure naturelle du dos, à l’inverse de ces armatures montées sur pied qui sont de véritables machines à scolioses… L’oiseau a déjà testé, il n’en veut plus.

Il lui reste un dernier détail à régler : la rosée du matin. Son plumage manquant d’étanchéité, une protection s’avère indispensable pour s’éviter un réveil prématuré — il tient à ses huit heures de sommeil.

Un peu plus tard, la bâche est installée. Il recule de quelques mètres et observe son ouvrage avec fierté. Il s’y voit déjà. Écouter au loin la vague qui s’affale sur la plage. Deviner les étoiles derrière la mer de nuages, qui déjà s’amoncelle.

Pour le rituel du coucher, d’autres oiseaux se sont joints à la fête. 

Ils se tiennent à l’écart et le toisent d’un air goguenard. Jamais encore, ils n’ont vu de nid semblable : une toile suspendue entre deux arbres, et juste en dessous… des orties. À sa place, ils n’auraient pas choisi pareil emplacement ; un accident est si vite arrivé !

Mais notre oiseau n’a que faire des moqueries. Qu’ils piaillent autant qu’ils veulent ! Son nid est le plus beau nid jamais confectionné ! La distance entre les deux arbres est idéale, et l’orientation vis-à-vis du vent, parfaite. Il n’a aucune leçon à recevoir de la part de bécasseaux variables et autres fuligineux.

Non sans plaisir, il se glisse à l’intérieur. Ses gestes sont lents et précis, comme pour prolonger cet instant pris entre deux mondes.

Une fois en place, il est saisi de contentement : la température est optimale, le duvet moelleux à souhait. Et surtout, il se sent léger, si léger ! — ses soixante kilos ne sont plus. 

Les autres sont déçus : ils avaient espéré un couac. Un crac. Avec ce drôle d’oiseau, ils s’attendent à tout, mais tant pis, ce ne sera pas pour cette fois. Dans un froissement de chuchotis, ils s’en retournent entre leurs quatre murs.

Enfin seul, l’oiseau prend ses aises. Il desserre l’étau de ses griffes. La nuit l’enveloppe de sa fraîcheur. Peu avant minuit, il s’endort. 

*

Un bruit inhabituel le réveille, tout proche — une branche a craqué. 

Il entrouvre un œil ; le referme aussitôt. L’aube est déjà là, éblouissante dans son manteau brumeux. Il cligne plusieurs fois des paupières : des contours se dessinent. Trois ombres. Elles sont à quelques centimètres de lui. Sourires en coin, regards qui jubilent. De leurs pattes, elles ont franchi la frontière de son nid.

Pas le temps de réagir.

« Gravelots de malheur ! » siffle-t-il, mais c’est déjà trop tard.

D’un coup, son univers bascule. Il sent son corps glisser, partir ; il cherche à déployer ses membres, amortir le choc à défaut de l’empêcher tout à fait. En vain. Le voilà par terre, à becqueter les orties.

Les rires s’échappent.

« On l’a eu ! On l’a eu ! »

Il pivote mollement, fait mine de ne pas avoir mal. Figé dans son sac de couchage comme dans un sarcophage, il fulmine. Sales gosses. Un jour, il les aura.

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2 Commentaires

  1. Elmouth

    Ce texte me rend nostalgique de mes nuits passées sur un hamac pendant l’été ! J’espère que cette histoire ne sent pas le vécu ! Merci pour cette belle madeleine de Proust, hâte qu’il fasse beau à nouveau pour imiter ce drôle d’oiseau.

    Réponse
    • Juliette Kerjean

      Héhé, c’est vrai que ce n’est pas trop la période pour dormir à la belle étoile ! J’ai moi aussi un profond amour pour les hamacs, notamment depuis mon voyage au Brésil. Quant à savoir si un vécu se cache derrière ce texte… le mystère reste entier 😉

      Réponse

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Première migration

Drôles d’oiseaux

Plumes recomposées

Quelques plumes nous ont échappé au cours de notre migration… Juliette les a ramassées pour recomposer un duvet d’un tout autre acabit. Petit poème bonus pour clore notre premier vol.

Différent

« Il a toujours été comme ça, mon drôle d’oiseau. La tête dans les nuages, toujours à papillonner. Manque d’attention, selon ses instituteurs. Mais je sais, moi, qu’il a juste mille scènes qui se jouent dans son esprit. »

Baignade

« Ma pensée se déroule comme la rivière dans laquelle j’ai glissé mes pieds. Elle coule sans arrêt, se précipite ou bien se laisse porter, toujours vers une destination inconnue. »

Rouge

« On a couru le long de la rivière, et l’allée était peuplée de citrouilles. C’était un mois trop tôt. Les pierres glissaient sous nos pieds, elles dégringolaient dans l’eau glacée. On s’est perdus de vue dans le tumulte, mais on savait qu’on se retrouverait, au bord de l’étang. »

Fuite en avant

« C’était un lieu étrangement vide. Il n’y avait que deux vieilles barques de presque trois mètres de long, posées au milieu de la pièce et on devait les regarder avec intérêt pour montrer notre grandeur d’esprit. »

Il y a quelque chose

« Il y a quelque chose
De plus dans ton regard
Quelque chose d’ouvert
Quelque chose qui ouvre »

J’ai rêvé qu’il y avait un demain

« On a pris la voiture, quelques affaires, c’est tout. On n’a pas réfléchi. Enfin… On a bien galéré une heure, penchées sur le GPS. Pourquoi voulait-il nous faire passer par des routes aussi improbables ? »

Le club des drôles d’oiseaux

« Cher journal, j’ai beaucoup réfléchi. C’est vrai que je n’ai pas d’amis, mais au collège on est plusieurs à ne pas en avoir. Alors je me suis demandé pourquoi tous ceux qui n’ont pas d’amis ne  deviendraient pas amis. »

La valise

« Une bonne minute leur fut nécessaire pour convenir que cette araignée-là n’était pas d’une taille modeste. Quant aux mesures qui devaient être prises à son encontre, leurs avis divergeaient. »