Ils ont été aperçus aux abords des cours d’eau, dans les forêts et sur les plages de sable fin. Ils ont quatre becs, six pattes, plus de deux ailes souvent. Leurs couleurs ne s’accordent pas, leurs chants si parfois. Ils sont comme vous et moi…

Ce sont les drôles d’oiseaux.

Vols planés

Engagement

Dans ce poème déclamatoire, Séraphin explore les versants du mot « Engagement », à une époque où se côtoient engagement des corps et désengagement des cœurs.

Songes habitables

Trois poèmes rédigés par Théo et dédiés à trois personnalités artistiques qui l’ont marqué par leurs œuvres.

Deuxième migration

Après nos rêves

Là-bas

Pour cette deuxième migration, Théo, Salomée et Juliette ont fait le choix d’une écriture sonore et musicale, doucement accompagnée par l’image.

Fuite en avant

par | 25 Nov 2020

C’était un lieu étrangement vide. Il n’y avait que deux vieilles barques de presque trois mètres de long, posées au milieu de la pièce et on devait les regarder avec intérêt pour montrer notre grandeur d’esprit. J’avais payé 15€ l’entrée de ce musée coloré, certes très beau mais un peu trop épuré.

Ces deux barques m’interpellaient. Aucun panneau, aucune explication, il y avait juste trois boulets en bois dans l’une d’entre elles. Personne ne touchait à rien alors qu’il n’y avait ni contrôle ni interdiction. Je m’approchai lentement, nonchalamment, avec un regard sérieux, intéressé, que l’on pourrait attribuer à une experte en vieilles barques en bois et je laissai ma main glisser doucement le long des coques. Rien d’étonnant à sentir une certaine rugosité mais j’étais satisfaite de mon acte de transgression et je quittai alors la salle. J’avais remarqué à mon arrivée un petit café tout à fait charmant qui donnait sur le grand parc entourant le musée. Les euros investis dans ce thé et cette pâtisserie furent beaucoup plus appréciés que ceux que j’avais dépensés pour l’entrée de la salle aux bateaux.

Voyager seule était fatigant, je me faisais toujours la réflexion au bout d’une semaine ou deux. Plus les jours passaient, plus ma liste d’attractions touristiques fondait au profit de jolis salons de thé, de cafés et de bars chaleureux. La vue du parc bourgeonnant de ce mois d’avril m’apportait un calme profond. Je restais beaucoup avec moi-même et mon brouhaha intérieur prenait beaucoup de place. Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, je devais faire face au poids de mes pensées et de tous ces kilomètres avalés pour m’en séparer. C’était la première fois de ma vie que je n’avais aucune obligation, je n’avais pas de date de retour, mes ami·es et ma famille recevaient le minimum de nouvelles de ma part, je n’avais pas d’emploi à retrouver et suffisamment d’argent pour ne pas me soucier de ça.

J’étais enfin libre.

Du début de ma scolarité à aujourd’hui, il n’y a jamais eu de périodes vouées à autre chose qu’étudier, trouver des stages, chercher des emploi — et une fois trouvés, travailler en suivant un cadre qui contrôlait encore mon temps. Il n’y avait pas d’échappatoire à ce cycle de responsabilités alors que je ne cherchais qu’une chose depuis toujours : tout fuir. Ce n’est pas très glorieux mais je n’ai jamais eu la prétention d’être un modèle. Et finalement, pour mes 30 ans, j’ai décidé de ne plus attendre et j’ai pris mon envol.

Au début du mois de février, j’ai posé ma démission. Le vendredi 4 avril, j’étais libérée. Je ne l’ai même pas annoncé à mes proches tout de suite. Il y avait dans cette décision quelque chose de tellement naturel, de tellement simple que cela ne méritait pas d’être officialisé.

Le jour de mon anniversaire, je suis partie. J’ai traversé l’océan pour arriver dans une petite ville d’Autriche sans projet précis. J’ai loué un appartement, j’avais prévu de m’installer et de planifier la suite de mon « voyage »… sauf que j’ai commencé par dormir, puis je me suis promenée dans la ville et j’ai vécu un quotidien très simple pendant une semaine. Je prenais pour la première fois conscience du sentiment de liberté que j’avais, de tout ce temps qui était disponible, de l’inexistence du concept de « devoir ».

Après ces quelques jours j’ai changé de ville, je voulais partir plus loin, vers plus inconnu encore. C’est comme ça que je me suis retrouvée dans ce musée improbable que j’avais découvert sur une carte de l’office de tourisme de ce pays dont je ne parlais pas la langue. Cet endroit était assez loin de l’appartement que je louais et même si y aller était plaisant et me donnait vraiment le goût de partir à l’aventure, le retour fut épuisant. Je ressentais à nouveau la fatigue d’être seule avec moi-même, d’être isolée et pour être honnête, d’être perdue.

La nuit tombait et petit à petit mes ombres revenaient. On me dit toujours que le temps guérit tout, mais c’est une lutte de tout instant qui dure sans cesse. Je croyais que me faire violence réellement, partir très loin de ma zone de confort m’apaiserait, mais j’avais tort, c’était à nouveau trop dur à supporter, les oiseaux bruyants, brouillant tout, me consumaient à nouveau.

Alors je suis sortie, j’ai tout bloqué, j’ai bloqué les pensées avec ma musique qui a envahi toute mon ouïe, j’ai bloqué ma lucidité avec un joint qui endort mon esprit et je suis allée marcher dans le silence et le vide de la nature de ce pays européen. Les mots de Ben Mazué ont résonné en moi et je me suis appuyée sur eux pour avancer : « Stop ! Ça y est, j’arrête de penser, je vais courir, je vais marcher. Stop ! Allez, j’arrête de me presser, je vais courir, je vais marcher, je vais sourire, je vais me relever. » Je vais me relever, un jour, quelque part, ici ou ailleurs, je trouverai le moyen.

 

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2 Commentaires

  1. Avatar

    C’est ça l’écriture, non ? Une bouffée d’air vrai entre les lignes. Tu m’as donné envie de voyager…

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  2. Avatar

    Cette lumineuse Liberté là au fond de nous.. Si difficile à percevoir.. Cette paix intérieure Caroline comme un chemin étoilé qui te porte à l’aube d’une séduisante sérénité je l’ai cherché comme toi… Puis trouvé au carrefour de mes cinquante ans… Ouiii c’est sûrement demain, pour toi

    Réponse

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Première migration

Drôles d’oiseaux

Plumes recomposées

Quelques plumes nous ont échappé au cours de notre migration… Juliette les a ramassées pour recomposer un duvet d’un tout autre acabit. Petit poème bonus pour clore notre premier vol.

Différent

« Il a toujours été comme ça, mon drôle d’oiseau. La tête dans les nuages, toujours à papillonner. Manque d’attention, selon ses instituteurs. Mais je sais, moi, qu’il a juste mille scènes qui se jouent dans son esprit. »

Baignade

« Ma pensée se déroule comme la rivière dans laquelle j’ai glissé mes pieds. Elle coule sans arrêt, se précipite ou bien se laisse porter, toujours vers une destination inconnue. »

Rouge

« On a couru le long de la rivière, et l’allée était peuplée de citrouilles. C’était un mois trop tôt. Les pierres glissaient sous nos pieds, elles dégringolaient dans l’eau glacée. On s’est perdus de vue dans le tumulte, mais on savait qu’on se retrouverait, au bord de l’étang. »

Le nid

« Le soir venu, l’oiseau fait son nid.
Il aura pris soin, au préalable, de choisir l’endroit. Il aura inspecté tous les arbres environnants, étudié l’inclinaison, éprouvé la solidité du tronc — il ne faudrait pas se retrouver par terre ! »

Il y a quelque chose

« Il y a quelque chose
De plus dans ton regard
Quelque chose d’ouvert
Quelque chose qui ouvre »

J’ai rêvé qu’il y avait un demain

« On a pris la voiture, quelques affaires, c’est tout. On n’a pas réfléchi. Enfin… On a bien galéré une heure, penchées sur le GPS. Pourquoi voulait-il nous faire passer par des routes aussi improbables ? »

Le club des drôles d’oiseaux

« Cher journal, j’ai beaucoup réfléchi. C’est vrai que je n’ai pas d’amis, mais au collège on est plusieurs à ne pas en avoir. Alors je me suis demandé pourquoi tous ceux qui n’ont pas d’amis ne  deviendraient pas amis. »

La valise

« Une bonne minute leur fut nécessaire pour convenir que cette araignée-là n’était pas d’une taille modeste. Quant aux mesures qui devaient être prises à son encontre, leurs avis divergeaient. »