Quand nous nous sommes réveillé·e·s, le monde avait changé. Un voile avait recouvert les visages familiers ; les inconnus se demandaient sous quel aspect se montrer. Dans le reflet des miroirs, des souvenirs de brume nous exhortaient à trouver ce que nous allions tous devenir, une fois au bout de la nuit…
après nos rêves.

Vols planés

Derrière tes mots

Passant des néons à la flamme d’un briquet, comme du néant à l’inspiration, Noémie révèle ici, de manière étrange et miraculeuse, ce qui sommeille en nous, chaque jour et chaque nuit… et attention, ça vit !

Engagement

Dans ce poème déclamatoire, Séraphin explore les versants du mot « Engagement », à une époque où se côtoient engagement des corps et désengagement des cœurs.

Songes habitables

Trois poèmes rédigés par Théo et dédiés à trois personnalités artistiques qui l’ont marqué par leurs œuvres.

Là-bas

par | 7 Fév 2021

roitelet huppé

Temps d'écoute et de visionnage : 7 minutes

Pour cette deuxième migration, Théo, Salomée et Juliette ont fait le choix d’une écriture sonore et musicale, doucement accompagnée par l’image.
PAROLES

J’ai rêvé, je crois, d’une femme qui portait à la place du nez des mains bien blanches. Déployées comme des ailes au-dessus de sa bouche, elles lui tenaient lieu d’appendice.

« Vous aident-elles à sentir, Madame ? lui ai-je demandé. Combien de parfums gardez-vous ainsi jalousement au creux de vos paumes ? »

Elle ne disait rien, se taisait, les yeux clos. Je me suis avancée. Elle a paru sortir de sa torpeur. Elle a poussé un cri, s’est décomposée. Les traits de son visage, soudain désagencés, n’étaient plus que des lignes géométriques. Un amalgame d’objets nombreux et hétéroclites. Ses yeux, deux hangars de Port-Aviation. Son front, un astre. Une breloque. Sa peau, froissée comme une affiche, un prospectus. Une nouvelle à la criée.

Une pièce de vingt-cinq centimes brillait, coincée entre ses dents. Point d’or dans le feu rouge de sa bouche. Celle-ci s’est ouverte toute grande comme pour le chant ; en est sorti un sifflement de train. Son visage s’est déchiré, révélant une ville qui dormait dans la lumière. L’illusion était belle. Elle a éveillé mon désir.

Alors j’ai franchi sa bouche, traversé la frontière, et dans l’état transitoire entre le sommeil et la veille, j’ai fait un long voyage.

*

Je te mâche dans ma bouche, j’ai encore ton goût sur mes lèvres, j’aspire ton souffle et ça me décoiffe — oui, je suis décoiffée de l’intérieur — mais ça ne dure pas, ça y est tu es parti, toi, et même le souvenir de toi.

J’aime me glisser dans l’écume de la nuit, quand tout est possible, quand le chemin n’est pas visible — je crois qu’on a perdu l’habitude de se perdre.

*

Du vin a coulé dans la nuit.
Je me souviens de ses caresses.
Par-delà les rues un œil fuit
Et répand partout son ivresse.

*

J’ai quitté la berge
franchi la frontière
fait mes adieux

Là-bas j’ai caressé mon rêve
Là-bas j’ai aimé une femme

Ici je reviens changée, chargée
Ici je reviens pour aimer

*

Mieux que les rêves, il y a après les rêves quand tu te réveilles engourdi de la nuit, que ta peau élastique colle à l’oreiller, que les images se fondent en toi pour ne former qu’un tout simple et malléable.

Tu retiens le temps mais il t’échappe, trop tard, tu as repris une consistance solide — ta consistance d’humain ; tu n’as plus rien de cette mollesse qui te rendait perméable à l’air, aux choses, à la matière — tu n’étais que matière.

*

À l’écoute de nos fragments,
Je me recompose et j’apprends.
Ce bout de songe sous nos pieds
Nous apprend-il à mieux marcher ?

*

J’ai quitté la berge
franchi la frontière
fait mes adieux

Là-bas j’ai caressé mon rêve
Là-bas j’ai aimé une femme

Ici je reviens changée, chargée
Ici je reviens pour aimer

*

Après nos rêves, il ne nous restera plus qu’à reprendre nos étoiles et les jeter dans le ciel pour que naissent constellations d’espoirs et d’envies et de vie, simplement, car la vie ne saurait se ranger — s’oublier — sous un lit.

Nous nos rêves on ne veut pas les laisser à l’après, à demain peut-être mais surtout à maintenant ; le rêve ça se conjugue au présent, sans quoi le matin je ne sors pas de mon lit, j’y reste et j’attends le retour de la nuit pour que brillent mes couleurs — alors seulement je veux bien me lever.

*

J’ai recopié dans le plein jour
La partition des étoiles
Et l’ai hissée comme une voile
Pour naviguer, libre, toujours.

*

J’ai quitté la berge
franchi la frontière
fait mes adieux

Là-bas j’ai caressé mon rêve
Là-bas j’ai aimé une femme

Ici je reviens changée, chargée
Ici je reviens pour aimer

 

Paroles
Juliette — couplets-1
Théo — couplets-2
Salomée — introduction, refrain

Composition et mixage
Théo

Mise en voix
Salomée —introduction
Juliette — couplets

Chant
Salomée — refrain
Théo — couplets, refrain

Vidéo
Juliette

Partager sur les réseaux :

2 Commentaires

  1. Avatar

    Bravo pour cet ovni (objet vidéo non identifié) mêlant un texte poétique parlé/chanté avec une musique entrainante et une vidéo onirique – où il me semble avoir reconnu des lieux 😉

    Réponse
    • Juliette

      Merci beaucoup pour ce retour ! Et en effet, certains lieux sont reconnaissables dans la vidéo pour les fins connaisseurs 😉

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vols planés

Derrière tes mots

Passant des néons à la flamme d’un briquet, comme du néant à l’inspiration, Noémie révèle ici, de manière étrange et miraculeuse, ce qui sommeille en nous, chaque jour et chaque nuit… et attention, ça vit !

Engagement

Dans ce poème déclamatoire, Séraphin explore les versants du mot « Engagement », à une époque où se côtoient engagement des corps et désengagement des cœurs.

Songes habitables

Trois poèmes rédigés par Théo et dédiés à trois personnalités artistiques qui l’ont marqué par leurs œuvres.

Première migration

Drôles d’oiseaux

Plumes recomposées

Quelques plumes nous ont échappé au cours de notre migration… Juliette les a ramassées pour recomposer un duvet d’un tout autre acabit. Petit poème bonus pour clore notre premier vol.

Différent

« Il a toujours été comme ça, mon drôle d’oiseau. La tête dans les nuages, toujours à papillonner. Manque d’attention, selon ses instituteurs. Mais je sais, moi, qu’il a juste mille scènes qui se jouent dans son esprit. »

Baignade

« Ma pensée se déroule comme la rivière dans laquelle j’ai glissé mes pieds. Elle coule sans arrêt, se précipite ou bien se laisse porter, toujours vers une destination inconnue. »

Rouge

« On a couru le long de la rivière, et l’allée était peuplée de citrouilles. C’était un mois trop tôt. Les pierres glissaient sous nos pieds, elles dégringolaient dans l’eau glacée. On s’est perdus de vue dans le tumulte, mais on savait qu’on se retrouverait, au bord de l’étang. »

Le nid

« Le soir venu, l’oiseau fait son nid.
Il aura pris soin, au préalable, de choisir l’endroit. Il aura inspecté tous les arbres environnants, étudié l’inclinaison, éprouvé la solidité du tronc — il ne faudrait pas se retrouver par terre ! »

Fuite en avant

« C’était un lieu étrangement vide. Il n’y avait que deux vieilles barques de presque trois mètres de long, posées au milieu de la pièce et on devait les regarder avec intérêt pour montrer notre grandeur d’esprit. »

Il y a quelque chose

« Il y a quelque chose
De plus dans ton regard
Quelque chose d’ouvert
Quelque chose qui ouvre »

J’ai rêvé qu’il y avait un demain

« On a pris la voiture, quelques affaires, c’est tout. On n’a pas réfléchi. Enfin… On a bien galéré une heure, penchées sur le GPS. Pourquoi voulait-il nous faire passer par des routes aussi improbables ? »

Le club des drôles d’oiseaux

« Cher journal, j’ai beaucoup réfléchi. C’est vrai que je n’ai pas d’amis, mais au collège on est plusieurs à ne pas en avoir. Alors je me suis demandé pourquoi tous ceux qui n’ont pas d’amis ne  deviendraient pas amis. »

La valise

« Une bonne minute leur fut nécessaire pour convenir que cette araignée-là n’était pas d’une taille modeste. Quant aux mesures qui devaient être prises à son encontre, leurs avis divergeaient. »